samedi 7 décembre 2019

Merci Monsieur Bobin


Ceux pour qui la rencontre avec des ouvrages de Christian Bobin a été un évènement intellectuel et spirituel seront certainement intéressés par la parution du dernier Cahier de l’Herne, intitulé tout simplement Bobin. Dans son avant-propos, Claire Tiévant, codirectrice du Cahier, en précise le but : « La raison d’être de ce Cahier est la mise à jour des lignes de force d’une œuvre qui, par sa vitalité, coupe les nerfs malades du langage, cisaille les câbles souterrains qui relient si souvent les modes et les dogmes. (…) Écrivains, poètes, philosophes, docteurs en religions, penseurs arabo-musulmans, rabbins, spécialistes du tao, maîtres zen, universitaires, artistes, compositeurs et interprètes, aventuriers de l’extrême ou lecteurs anonymes : tous témoignent de cette lumière que l’œuvre de Bobin leur a apportée ». [1]
Parmi ceux-ci, le philosophe André Comte-Sponville écrit ceci : « C’est un évènement trop rare, dans une vie d’homme, une chance trop exceptionnelle, dans une vie de philosophe, pour que je n’aie pas envie, et le mot est faible, de crier à tous la bonne nouvelle. Noël ! Noël ! Un poète nous est donné. (…) Christian Bobin est à mon sens le plus grand poète de sa génération, qui est aussi la mienne, et le seul écrivain, si je peux me permettre cette confidence, qui me fasse regretter d’être philosophe » [2] Le philosophe et écrivain algérien Mohammed Taleb voit dans l’œuvre de Bobin « la bataille et l’abîme qui sépare l’humain qui mutile et l’humain qui noue avec le réel, un lien de poésie ». Parlant des humains mutilés, Bobin souligne : « Ils peuvent tout faire entrer dans leurs calculs, tout sauf la grâce, et c’est pourquoi leurs calculs sont vains » 
Dans une époque inondée d’informations et de calculs, Christian Bobin voit dans la poésie une voie du salut : « Les chiffres grignotent les poutres du monde. Ils avancent, ils avancent. Un jour, il ne restera plus que la poésie pour nous sauver. Je ne parle pas ici d’un genre littéraire ni d’un bricolage sentimental. Je parle de la déflagration d’une parole incarnée. Seuls rendent habitable le monde les bégaiements d’une parole qui ne doit rien à la perfection d’un savoir-faire. Un jour, nous lèverons la tête vers le ciel et nous ne verrons plus qu’un panneau d’affichage avec les prix d’entrée pour le paradis » Bien loin de fuir la quotidienneté du monde pour des envolées lyriques, il convoque le « génie » poétique qu’il définit ainsi : « Le génie c’est de rejoindre le proche comme s’il était au bout du monde. Le génie, c’est de saluer ces compagnons franciscains que peuvent être un verre d’eau, une bête des champs à demi sauvage, famélique (…) La grâce de l’écriture, le génie de l’écriture – qui ne dépend pas hélas de l’écrivain, qui vient ou qui ne vient pas, et qui va s’enfuir plus souvent qu’elle ne viendra – c’est toujours la même chose : rendre le présent comme il est, c’est-à-dire absolu, pénétré d’absolu. Faire du simple la seule image non hypnotisante de Dieu » 
Bernard Ginisty

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