jeudi 5 septembre 2013

Very Good

Emmanuelle is very good at making movies
Enfin du film francais qui ne fait pas regretter le bordeaux de son passeport.
Le prochain Èmmanuelle Bercot est le ticket de la rentrée. Dedans, Deneuve joue
son âge et ce cinéma-là donne envie d'avoir son téléphone. « Elle s'en va » est une
excellente occase d'adorer une Deneuve neuve dans une bagnole gui ne l'est pas.

Par CONSTANCE CHAILLET

Le paquet a pris vingt centimes encore
Les cigarettes à vapeur qui donnent une haleine de fer à repasser sont aux becs de tous ceux qui veulent s'arrêter de mourir et pendant ce temps Deneuve clope. Elle clope, mais elle n'a jamais de feu sur elle. Dans les films, avant, on faisait fumer les personnages dès qu' on leur cherchait une chose intéressante à faire et qu'on ne la trouvait pas Deneuve, elle clope par naturel. Et parce qu'une clope, ça détend. Elle est montée dans sa voiture, ct elle s'est barrée. Elle a pris l'escampette. C'est comme ça que le film nous attrape. Dans Elle s'en va, Deneuve s'en va
Elle se tire au volant d une familiale immatriculée 5231 OT 56 en plein
service et sans la queue d'un briquet. C'est où déjà le 56 ?
Deneuve (Bettie pour les gens qui paient leur place) a une Mercedes crème, et break aussi Une auto quoi, un truc solide, qui roule bien, ca nous arrange parce qu'elle va faire de la
route avec.
Emmanuelle Bercot, la réalisatrice, celle aussi qui a écrit le film pour Deneuve et pas pour quelqu'un d'autre (ou Deneuve le faisait ce film, ou il restait sur une clef LSB), Bercot. qui a aussi écrit Polisse avec Maiwenn. vient de réinventer Deneuve et de la rendre Dorléac.
On avait besoin de ce cinéma, il filme la France qui rentre pour déjeuner. Il n'est pas courant
et on l'aime tout de suite parce qu'il n'est pas un cinéma d'intermittents qui s'autoracontent. Il a regardé les classiques que I'on demande d'avoir vus avant de se servir dune caméra, et
il en a fait du bath et du contemporain.
Deneuve est patronne de restaurant. Sa mère lui colle au train, elle la barbe sévère, se
mêle de ce qui ne la regarde pas. C'est Claude Gensac, impossible que vous ne la connaissiez pas. elle a été la femme de Louis de Funès, des années Mais pas en vrai .
Un matin, pendant le rush de midi, Deneuve dit «Jc reviens » Et elle ne le fera pas
Pourquoi revenir ?
Elle va s'en aller sans un change, à la sauvage Elle va s'en aller tout simplement Le film entier est étudié juste et regardé longtemps, on n'en ferait pas des tartines sinon
Les situations sortent du banal alors qu'elles sont du normal en barre .
Les gens sont eux. Certains ne sont pas du tout des acteurs ce qui en fait des figures principales et des pivots. Depardon les aurait voulus, parce qu'ils sont exacts et parfaits
et touchants. Les scènes ont leurs raisons d être là .Les dialogues s'arrêtent quand il faut. Coupés au diamant
Non ça faisait longtemps qu'un film ne ravissait pas
Le Bercot montre une femme qui se fait vieille, qu'un homme vient de plaquer
Cette femme, alors que sa vie est commencée depuis des tonnes de balais va s'en aller pour penser à elle.
Grande scène évidemment  que le départ en voiture
Chacun sait que lorsqu'on s'en va, les emmerdes vous suivent
L'insupportable fille de Deneuve est jouée par l'insupportable chanteuse, Camille, et qu'elle est
fameuse cette idée d'avoir pris Camille.
Garouste, Ic peintre sculpteur, est un des éléments puissants du film .
II n'y a rien de dommage dans le cinéma de cette Emmanuelle. Son fils Nemo
Schiffman (quelle a eu avec Guillaume Schiffman, lui-même fils de Suzanne Schiffman, l'assistante et coscénariste de François Truffaut, il est le petit-fils de Deneuve dans le film) est un
Jean-Pierre Léaud des années 10. Derrière la caméra, vous avez Guillaume Schiffman, il va de la généalogie dans tout ce talent.
Les moments extra vous les verrez vite. Toutes ees personnalités limites, les sautes de Deneuve. Deneuve bourrée à la caïpi.
Deneuve au réveil avec un type beaucoup trop jeune.
Ça donne des minutes marrantes qui montrent une facette chouette du lendemain de fête dans sa version vieille de peau « T'as dû être gravement belle » lui crache le garçon dans le lit qui leur a servi.
Votre salle rigolera comme la mienne l'a fait quand elle entendra ce ringard procéder à ce compliment. Il y a des moments où Deneuve est dans le pré.
Elle porte des bagues avec des petites pierres modestes. Maupassant chez Leclerc.
C'est Chabrol et Simenon, en plus rock
De la province et du destin qui vont vous persuader à peine installés dans le multiplex où vous irez.
On entend Deneuve téléphoner et dire: «Tu habiles où maintenant ? » à sa propre fille.
On rit vachement souvent, on repart avec des phrases: « T'as une mère toi?», question du petit-fils à sa grand-mère célèbre. Deneuve qui a peur de s'endormir sans
la lumière, à 60 piges, et qui essaie d'être une grande fille.
On l'adore cette Deneuve-Yves Rocher qui nous déshabitue enfin de la Deneuve-Saint Laurent. Cest un joli grand film qui va réorienter Deneuve. Il faudrait que Bercot lui signe un autre
rôle. C'était viril de lui proposer l'histoire d'une ancienne belle. Viril d'accepter aussi.
Deneuve a dû apprécier cette histoire de femme larguée par son mec qui va avoir besoin d'éteindre
sa vie comme un portable. Hop, terminé, plus là. On prend sa voiture et on mange des kilomètres. On n'a que les vêtements qu'on s était mis ce matin On est disponible, enfin. Au volant
de sa caisse, l'avenir est le bout de chemin qui reste.
Dans "Comment je suis devenu un écrivain célèbre"', un livre qui, si vous l'achetez, sera un retour sur investissement, Steve Ilely prétend que Henry Ford construisait des automobiles pour que
les écrivains puissent publier des road books.
Le Bercot n'est pas un road movie, il est plus enchevêtré que ça.
C'est un film sentimental et drôle comme tout, sur les nœuds mère-fille, sur vieillir, un film qui n'évite pas la fesse même quand on est bonne pour la télécommande et une existence à la verveine, un film qui prouve qu'une mère très âgée peut vous étouffer une vie complète et jusqu'à la fin si on ne s'en protège pas. Deneuve y clope. Elle n'y est pas sérieusement coiffée. Et il est doux de la voir tarter son petit-fils, rechoisir sa vie, en avoir rien à faire de rien.
On sort de projection, on a envie de chercher du feu, on a envie d'avoir son permis, on a envie d'habiter un bled qui regarde le Treize heures.
Emmanuelle B et Catherine D, c'est la Cinémathèque et la place Saint-Sulpice en train de se bécoter sur un banc.
On a presque envie d'être vieille et de rater un peu sa vie...
Avec de la chance et avec du temps, tout cela finira par arriver. Alors, nous dirons : "Je reviens".

*« Comment je suis devenu un écrivain célèbre », de Steve Hely
(2011, éd Pocket].
« Elle s'en va », d'Emmanuelle Bercot, sortie le 18 septembre.


1 commentaire:

Anonyme a dit…

J'ai hâte d'aller le voir, je l'attends avec grande impatience.
Bonne journée,
Je vous embrasse Anne.

Sandrine M